Dans le cadre de l’exposition Escape[s] in/from Beijing et de Au Pays du Lotus Bleu – Regards sur la Chine.
Du 12 novembre au 18 décembre 2009 au Centre d’Arts Plastiques et Visuels de Lille et à la maison Folie Beaulieu de Lomme.
Gong Lin, vidéaste, réalisateur
Vidéo Marées
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J’ai le souvenir que, quand j’ai été étudiant à l’université, mon professeur de philosophie a commencé un jour son cours avec la phrase suivante : “Qu’est-ce qu’est la philosophie ? Je vous pose cette question : est-ce que vous êtes des êtres humains ? Vous pensez l’être aujourd’hui, mais demain vous ne serez plus qu’un tas de sable. Voilà donc ce qu’est la philosophie.”
En fait, il a emprunté un dicton chinois traditionnel, et ceci est devenu la base de ma conception du temps et de l’espace dans mes œuvres vidéos récentes. Cette phrase a stimulé mes pensées sur la vie, et ma perception du “temps” et de “l’espace”, prenant parfois une forme métaphysique. Ces pensées constituent et représentent mes réflexions sur la signification du corps humain et de la vie. Mes œuvres vidéos cherchent à témoigner de la condition de l’être humain à travers des images. Je cherche ainsi à découvrir la relation entre le moment et l’éternel, dans le contexte de la vie humaine dans les conditions d’une société matérielle ainsi que dans la nature. Je déploie tout mon effort dans le but de provoquer une réflexion de la part des spectateurs et de stimuler leur imagination à propos de la relation entre l’image et le style de vie des êtres humains, entre la vie individuelle et la conscience vivante collective. L’extension et la condensation de l’espace et du temps par les images sont des métaphores qui soulèvent une discussion sur le corps et son environnement, ainsi que sur la vie et la réalité.
La signification de mes œuvres peut être comprise au niveaux suivants :
1. Dans la mythologie traditionnelle chinoise, Nu Wa créait les êtres humains à partir du sable, et les êtres humains finissent par retourner au sable et à la nature. Ainsi, même si de la perspective de l’espace, l’être humain meurt, nous croyons que la vie continue éternellement dans la perspective temporelle. Dans ma vidéo, j’essaie de représenter ce cycle “Sable – Etres humains – Sable”.
2. L’image de l’Homme-sable se fondant petit à petit dans du sable naturel montre, d’un côté, la fusion du moi-même, des êtres humains et de la nature ; de l’autre côté, la fusion de l’image du sable imaginaire et la réalité du sable physique indique la relation entre “l’existence et le néant”, “réel et fabuleux ”, “image et être”…
3. La fonte représente également la conscience du cycle infini de la vie ; les êtres humains se fondant dans le sable symbolisent le moment de la renaissance.
Vidéo La Terre
Si notre vision du monde est engourdie, nous ne réfléchissons pas sur le phénomène de l’existence et nous ne prenons pas conscience du grandeur et de la rareté de la vie. Aujourd’hui les gens sont plus concernés par l’état de leur santé et la qualité de leurs espaces d’habitation plutôt que par une réflexion profonde sur ce qu’est la vie. Je me souviens encore d’un cours de philosophie en deuxième année d’université quand le professeur nous a adressé avec une voix retentissante : “Qu’est-ce qu’est la philosophie ? Je vous pose cette question : est-ce que vous êtes des êtres humains ? Vous pensez l’être aujourd’hui, mais demain vous ne serez plus qu’un tas de poussière. Voilà donc ce qu’est la philosophie.” A partir de ce moment, j’ai commencé à considérer la vie autant au niveau philosophique que spirituel. Beaucoup d’années ont passées, et j’essaie toujours d’exprimer mes pensées concernant le corps humain et le sens de la vie à travers cette vision. Mon processus de réflexion m’a amené a considérer la vie comme étant hors du temps. Dans la mythologie chinoise, le démiurge crée les humains à partir de la poussière, et les humains redeviennent poussière à la fin de leur vie. La mort est la finalité de l’existence dans la dimension temporelle, mais la vie dans la nature est un cycle infini, et la diversité du phénomène de la vie nous inspire l’idée du cycle sans fin de la métempsychose.
Dans cette vidéo, j’essaie d’illustrer la relation entre le sens de l’existence au niveau matériel et la condition naturelle à travers un documentaire sur le processus de la vie et sur la condition vivante du monde matériel. Par ce moyen, mon intention est d’illuminer notre façon de concevoir la relation entre les vies personnelles et la “Vie” dans son intégralité, ainsi que la relation entre l’image mouvante et le processus de la vie. L’idée de cette œuvre en vidéo vient du fait que l’image mouvante rend possible l’enregistrement du temps changeant dans l’espace. Je tente une discussion sur le sens de la vie au présent par le moyen de l’image expérimentale. “Terre” est aussi une réflexion sur le corps humain et son environnement, sur la vie et la réalité physique. Cette œuvre vidéo divise l’espace de présentation sur trois écrans ; je veux que l’usage de plusieurs écrans crée un impact profond sur notre vision engourdie et évoquer le respect de la vie.
Ceci n’est pas une simple image de forme humaine mais une installation vidéo symbolisée. C’est un documentaire au sujet de “moi” et du phénomène de la vie et de l’existence dans le monde matériel. C’est une installation visualisée, une simulation de “moi”. Afin d’appréhender l’apparence dans cette forme vidéo de ce “moi”, tous les phénomènes de vie qui m’entourent sont transformés pour se contenir dans cette seule installation. Les matières principales que j’ai choisi sont les aliments et les végétaux ; en les congelant, j’essaie de créer un effet visuel simple qui symbolise la vie, ainsi que la relation entre les insectes dans la nature et la fonte des aliments et végétaux gelés. La dernière touche que n’ai pas anticipée a été que la prairie où je filmais se trouvait transformée en site de construction.
Il y a beaucoup de quartiers nouvellement construits à Beijing, Wangjing étant une des plus célèbres. Un jour en mars 2004, j’ai transporté l’homme de glace jusqu’à une prairie dans l’est de Wangjing. Il y avait beaucoup de bâtiments neufs et quelques bâtiments en construction.
J’ai utilisé trois caméras DVD pour enregistrer la fonte de cet homme de glace avec tous ce qui l’entourait, surtout les réactions de ceux qui regardait l’installation. Même après la fonte totale de l’homme de glace, je revenait sur le site tous les trois à cinq jours pour filmer l’herbe et les bâtiments qui poussaient ainsi que l’activité des gens du coin. En totale, le tournage a duré deux mois. Un matin après le 1er mai, quand je suis allé comme d’habitude sur le site du tournage, j’ai eu un choc car la prairie avait disparu, sans doute à cause d’un spéculateur immobilier et de la construction d’un nouveau quartier. Mais enfin, comme disait mon professeur de philosophie : “Aujourd’hui il se peut que vous soyez un être humain, mais demain vous ne serez qu’un tas de poussière.”
Gong Lin
Traduction : Paul Mayes
Zhu Jiong, photographe
China City, mutations, transmutations
La ville moderne
La ville est le résultat du besoin humain de commerce et de communication. Dans le passé, les gens rendaient fréquemment visite à leurs voisins, les rapports entre les gens étaient vivants et la société en général, était une grande famille chaleureuse. Le mot archaïque “voisin” est riche en connotations culturelles, et c’est un mot relationnel significatif qui reflète le mode de vie chinoise au quotidien. Mais aujourd’hui, la signification de “voisin” se perd petit à petit dans les villes, qui se tournent de plus en plus vers l’architecture avec beaucoup de gratte-ciels et des rues commerçantes à perte de vue. Dans ce processus de transformation, la ségrégation devient une caractéristique des villes et les citoyens sont de plus en plus indifférents les uns aux autres. En parallèle avec le développement de la société et la globalisation, les rues en béton froid pleines de monde nous séparent les uns des autres. La ville est d’ailleurs, le symbole d’un pays fort, qui fait honneur à son peuple mais qui abandonne la chaleur humaine.
A travers ses photographies, ZHU Jiong mets l’accent sur les sentiments exprimés ci-dessus à travers le point de vue d’un passant.
BAO Kun
Traduction Paul Mayes









